Ç’a commencé avec une cocotte

Vous avez sûrement entendu cette histoire quelques fois déjà.

Ç’a commencé à germer, je crois, avec Cocotte, une perruche qui aimait discuter avec un miroir, puis d’une belle épagneule blonde et sensible, suivie d’une dalmatienne pleine d’énergie, en passant par des chats, plusieurs chats. Ça s’est poursuivi avec le temps passé à m’étourdir à regarder des poissons tourner en rond dans des aquariums. Peut-être aussi avec l’iguane, la tarentule et la tortue de ces amis qui ont eu la curiosité de se lancer dans l’exotique. Les autres animaux, ceux que l’on mange surtout, je les ai connus dans des livres d’images et sur une ferme à Rougemont. Ils étaient tous tendres, intelligents et plein d’humour.

[Colin, dite la reine]
Bœuf Stroganov de mon cœur
Depuis ce jour béni où ma mère l’a préparer pour nous, j’ai adoré ce plat. Je l’aimais tellement qu’il est éventuellement devenu mon repas d’anniversaire; tous les quatre‑septembre, j’avais droit à des lanières de bœuf provenant des restes d’un rôti cuit longtemps la veille, sautées dans du beurre avec des boutons de champignons, le tout enrobé de crème sure et versé sur des pâtes aux œufs, puis fini avec des légumes (une brindille de persil pout tout dire). Ce Stroganov était préparé chaque année avec une telle affection, il était si crémeux et salé et doux qu’il faisait dilater mes pupilles. Et puisque nous étions cinq, il y avait aussi le bœuf bourguignon pour mon père, le poulet à l’ananas pour mon frère, les langoustines au beurre pour ma sœur et ma mère, quant à elle, raffolait des brunchs comprenant des œufs, du bacon et des crêpes au sirop, accompagnés d’un petit Sherry, qu’elle prononçait « chéré » en roulant bien le r. Les anniversaires se célébraient autour d’une bouffe, comme tant de familles et autant de cultures; il était question de passer un bon moment ensemble et jamais que je n’aurais pu prévoir que je troquerais éventuellement la plupart des plats de mon enfance pour des légumes, des fèves et du tofu.

Ça s’est concrétisé lorsque j’ai appris ce qu’on faisait à nos animaux, à nos rivières, à nos océans et à nos forêts, tous voués au malheureux sort de nous nourrir. Ces moments en famille, nés de la bonne foi de mes parents et de leur propre histoire ne collaient plus avec l’industrialisation, la manipulation et la commercialisation de la chair animale, ne collaient plus avec le romantisme du mode de vie de mes grands-parents qui chassaient et mangeaient de grands gibiers tué la veille pour passer l’hiver et qui faisaient sécher la peau des plus petits dans la salle de bain. J’avais envie de retrouver le plaisir de me nourrir sans que chaque assiette m’enveloppe d’un mal-être et d’un sentiment vaguement honteux qui raconte le plus souvent une histoire triste, souvent violente et profondément décevante.

J’ai alors voulu créer de nouveaux rituels, dignes d’un jour de fête. Je me suis lancée dans la cuisine végétalienne sans transition ni filet et elle m’a permis de me réconcilier avec beaucoup de choses et éventuellement avec moi-même.

[Un ado]
Tout sauf des carottes rassemble des recettes faciles à préparer qui s’adressent à toute personne qui aime manger(!), mais aussi aux personnes qui souhaitent intégrer des plats entièrement conçus d’aliments d’origine végétale à leur alimentation ou se diriger vers une alimentation végane à temps plein. Tous les plats sont pensés, préparés, photographiés et mis à l’essai dans ma cuisine à l’aide 1) de ma fidèle Moffat 1952; 2) d’équipement de cuisine de tous les jours, à l’exception d’un mélangeur haute vitesse (indispensable) et d’un coupe-spirales As seen on TV (complètement inutile); 3) de ma vaillante caméra; et 4) d’une poignée de gouteurs professionnels qui adorent leur métier. Et rassurez-vous, il y a des carottes ici; je n’ai pas pu m’empêcher de taquiner ma soeur, celle qui m’a encouragé à démarrer ce projet, car c’est impressionnant de physiquement voir le frisson de dégoût parcourir son dos dès qu’elle essaie de temps à autre de les aimer.

Allez, je m’arrête ici et je vous laisse faire le tour,

Catheline