Ç’a commencé avec des animaux domestiques

Ç’a commencé avec des animaux domestiques

Photo : Colin par Catheline Moreau

Ç’a commencé à germer lorsque j’avais 13 ans avec une perruche qui aimait discuter avec un miroir et une épagneule blonde et douce et sensible, suivie d’une dalmatienne pleine d’énergie, en passant par des chats, plusieurs chats. Il y avait aussi le temps passé à m’étourdir à regarder des poissons tourner en rond dans des aquariums. Peut-être aussi avec l’iguane, la tarentule et la tortue de ces amis qui ont eu la curiosité de se lancer dans l’exotique. Les autres animaux, ceux que l’on mange surtout, je les ai connus dans des livres d’images et sur une ferme à Rougemont. Ils étaient tous tendres, intelligents et plein d’humour. Mais avant de cesser de les manger, il y a eu quelques détours.

Bœuf Stroganoff de mon coeur
Depuis ce jour béni où ma mère l’a préparé pour nous, j’ai adoré ce plat. Je l’aimais tellement qu’il est devenu mon repas d’anniversaire; tous les quatre‑septembre, j’avais droit à des lanières de bœuf provenant des restes d’un rôti cuit longuement la veille, sautées dans du beurre avec des boutons de champignons, le tout enrobé de crème sure et versé sur des pâtes aux œufs, puis fini avec des légumes (une brindille de persil pout tout dire). Ce Stroganoff était préparé chaque année avec une telle affection, il était si crémeux et salé et doux qu’il faisait dilater mes pupilles. Et puisque nous étions cinq, il y avait aussi le bœuf bourguignon pour mon père, le poulet à l’ananas pour mon frère et les langoustines au beurre pour ma sœur. Ma mère, quant à elle, raffolait des brunchs comprenant des œufs, du bacon et des crêpes au sirop. Bref, les anniversaires se célébraient autour d’une bouffe comme tant de familles et autant de cultures; il était question de passer un bon moment ensemble et jamais je n’aurais pu prévoir troquer la plupart des plats de mon enfance pour des légumes, des fèves et du tofu.

Photo : Un ado par Catheline Moreau

Ça s’est concrétisé lorsque j’ai appris ce qu’on faisait aux animaux, aux rivières, aux océans et aux forêts, tous voués au malheureux sort de nous nourrir. Ces moments en famille, nés de la bonne foi de mes parents et de leur propre histoire, ne collaient plus avec l’industrialisation, la manipulation et la commercialisation de la chair animale et de ses dérivés, ne collaient plus avec le mode de vie de mes grands-parents qui chassaient et mangeaient de grands gibiers tués la veille pour passer l’hiver pendant que la peau des plus petits séchaient dans la salle de bain. J’avais envie de retrouver le plaisir de me nourrir sans que chaque assiette m’enveloppe d’un mal-être qui raconte une histoire triste, souvent violente et profondément décevante.

J’ai alors voulu créer de nouveaux rituels culinaires. Je me suis lancée dans la cuisine végétalienne sans transition ni filet et, en plus d’être constamment ravie par des assiettes savoureuses, créatives et colorées, ç’a déclenché toute une série de nouvelles habitudes qui m’ont permis de me réconcilier non seulement avec la bouffe, mais aussi avec des morceaux de moi-même qui m’agaçaient depuis un bon moment. Et c’est là que j’ai démarré ce projet, encouragée par ma grande sœur, une superbe extraterrestre à la voix douce qui déteste profondément les carottes.

Allez, je vous laisse faire le tour,

Catheline

Catheline Moreau vit et travaille à Montréal, Québec. À la fois traductrice, rédactrice et webmestre, elle démarre Tout sauf des carottes en juillet 2016, un projet qui rassemble ses intérêts, ses passions et parfois ses obsessions.

Quelques notes

  1. Rassurez-vous, il y a des carottes ici.
  2. Tout sauf des carottes n’est pas commandité et ne contient pas de publicité payante.
  3. Merci de me demander la permission avant de diffuser les recettes, les articles ou les photographies au info@toutsaufdescarottes.com.

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